Une forme de licence globale

L'offre dont ils parlent, si j'ai bien compris, c'est bien une offre forfaitaire d'accès à approximativement tout un catalogue, ou au moins tout un bouquet. Donc, sur le principe, on paye un forfait, probablement mensuel, et on visionne tout ce qu'on veut. Donc, bien une forme de licence globale, mais privée, plutôt que publique.

Ce qui veut dire qu'on ne peut accéder, via ce service, qu'à ce que ComCast décide de diffuser, donc, à une variété finalement réduite. Tout à fait à l'opposé d'une vraie licence globale, qui ne suppose pas d'accord commercial, mais un droit pour le public d'accéder aux oeuvres. C'est bien une des conséquences prédites de l'absence de licence globale: il se crée des forfaits privés, dont sont exclus les petits créateurs, dont sont exclus les gens qui ont fait de choix des modèles innovants, et qui favorisent les acteurs en place.

Une atteinte à la neutralité du réseau

Ce service fonctionne sur IP, mais avec des mécanismes qui y sont opposés. Il n'y a aucune raison valable pour que ComCast décide de réserver ce service à ses seuls abonnés. En terme de marketing, il serait même probablement plus intéressant pour eux d'ouvrir le service, par exemple pour que les européens qui veulent accéder aux contenus des télévisions américaines puissent y accéder par Internet.

D'ailleurs, cette fermeture de leur service n'est pas, en elle-même une atteinte à la neutralité du réseau: libre à chacun de décider à qui il veut vendre et dans quelles conditions (même si en France, ce serait assimilable à du refus de vente, ce n'est pas le même sujet que la neutralité du réseau). En revanche, ce qui est une atteinte à la neutralité du réseau, c'est le fait qu'il est fort probable que le trafic de ce site soit prioritaire sur le trafic des autres sites de streaming, disponibles, eux, en ligne, sur le Grand Internet, et pas dans le petit réseau local de monsieur ComCast.

On est là, en plein dans les conséquences des atteintes à la neutralité du réseau:

  • l'opérateur réseau abuse d'une position acquise (il me fourni mon accès Internet) pour en obtenir une autre (il m'impose de regarder ses vidéos, et m'empêche d'accéder aux services de ses concurrents);
  • la fin de l'innovation sans permis, en effet, dans ce modèle-là, rapidement, pour pouvoir ouvrir un site offrant (ou vendant, hein, c'est pareil) de nouveaux services vidéo, il faudra qu'il soit accepté par les opérateurs, qu'il soit dé-filtré;
  • une limitation de l'accès à la culture et aux savoirs, puisque l'opérateur est en droit de décider quels fragments d'Internet je vois, et quels fragments je ne vois pas;
  • une limitation de la liberté d'information, puisque seules les chaînes ayant passé un accord commercial avec ComCast peuvent être reçues de cette nouvelle méthode, les autres étant pénalisées par la priorisation du trafic sur le réseau.

Tant qu'il est question d'un service qui ne relève pas d'Internet, comme la VOD sur les machin-box en France, alors il n'y a pas d'atteinte à la neutralité du réseau, il y a deux réseaux en parallèle, l'un, privé, fermé, qui est celui des machin-box, interne à l'opérateur, et l'autre, ouvert, public, qui est Internet. Mais, si j'ai bien compris ce que fait ComCast, c'est bien une atteinte frontale à la neutralité du réseau. Avec tout pile les conséquences prévues, annoncées, et que la Commission Européenne refusait de voir comme des conséquences possibles du Paquet Télécom s'il ne protégeait pas mieux la neutralité du réseau.

Et en France?

Hé bien, c'est déjà dans les journaux. Ce que raconte la publicité d'Orange, c'est bien, précisément, dans le même esprit, avec les mêmes objectifs.

Vous reprendrez bien une louche de Minitel pour la route, non?