La rupture

Il y a quelques mois, la conseillère financière de FDN[1] signalait en fin d'entretien la cessation de relation contractuelle entre l'agence Louvre Montorgueil du Crédit Mutuel et FDN², tout en émettant le souhait qu'FDN reste cliente de l'agence. Un inconfortable silence s'installa alors dans la pièce.

Le courrier reçu pour confirmer les choses n'apporta aucune justification, et celles avancées par la conseillère dans son bureau s'apparentent, encore aujourd'hui, à deux prétextes mous : une lenteur à lui faxer un papier (pour justifier un virement hors de France), et le grand nombre de rejets dans les dons par carte bancaire à l'association.

D'après leur slogan, le Crédit Mutuel, c'est LA banque à qui parler. On aura bien entendu le message.

Les raisons

Concernant le premier argument, si plusieurs papiers s'étaient accumulés dans le tout relatif retard, on aurait pu comprendre. Mais le délai d'obtention d'un document, c'est un peu léger pour mettre à la rue un client qui n'a jamais été à découvert, et dont les avoirs ne sont pas négligeables.

Concernant le deuxième argument, il faut se souvenir qu'FDN² est la porte d'entrée mondiale des dons à WikiLeaks par carte bancaire, (voir FDNN accepte de porter les appels aux dons de WikiLeaks pour plus de détails).

Lors de l'annonce de l'entrée de WikiLeaks dans les projets soutenus par FDN², nous étions inquiets de savoir si tout se passerait bien. Les résultats ont été encourageants, mais ce ne fut pas dans une totale insouciance. Le terminal de paiement électronique en ligne (TPE) mis en place était l'objet d'attaques de deux natures : des faux dons de très gros montants, et des faux dons de tout petits montants. Les gros dons étaient manifestement destinés à nous nuire et les petits plus probablement à tester des numéros de CB volées.

Ces attaques nous ont contraint à réactiver le dispositif d'authentification des donateurs « 3Dsecure »[2] après quelques semaines de fonctionnement[3]. Chaque mois c'était entre 2 et 5% des transactions qui étaient annulées, constituant autant de « rejets de paiement par carte bancaire ».

Pour palier ce problème et éviter de faire crédit à un client, les banques mettent en place un fond de réserve en même temps que le service de paiement en ligne, afin de compenser une éventuelle somme de rejets supérieure au solde du compte. Mais dans le cas d'FDN² le problème ne se posait pas : les en-cours de l'association couvraient très largement tout problème d'impayé.

Alors, où était le problème ? Un surcroît de travail dans des procédures trop manuelles ? Peut-être. Mais c'était alors un litige commercial classique, demandant simplement à revoir les tarifs du service légèrement à la hausse.

Il reste une piste : le compte de l'association était perçu comme sulfureux, à cause de WikiLeaks, et le directeur de l'agence a préféré fermer le compte au lieu de régler un problème avec nous. Un coup de flippe de son côté, en quelque sorte.

Les conséquences immédiates

La banque n'ayant pas entamé de dialogue, une première idée fut de le faire nous. Après tout, Parinux, Ubuntu-fr, Gitoyen et bien d'autres amis sont à cette banque, souvent même dans cette agence. D'un autre côté, fallait pas non plus imaginer qu'on allait révolutionner l'univers bancaire comme ça d'une main, en gérant le contrôle fiscal d'FDN de l'autre. Idée vite écartée donc.

Le mouvement suivant fut de s'atteler énergiquement à trouver une autre banque. C'est-à-dire trouver d'autres établissements qui acceptent les associations, et parmi ceux-là en trouver qui nous acceptent nous, avec notre grand nombre de transactions par TPE. En effet, le succès des précédentes campagnes de financement portées par FDN² fait qu'on dépasse des plafonds prévus pour les petites associations, et il faut alors avoir la chance de tomber dans une agence qui connaît son métier.

Dans un premier temps, nous nous sommes tournés vers la Nef, et donc le Crédit Coopératif, que nous pensions plus proche de nos valeurs. Mais cette démarche n'a abouti qu'a un gaspillage de ressources militantes et un refus net : Le Crédit Coopératif, une banque juste comme les autres. Une autre démarche fut tentée auprès du Crédit Agricole sans plus de succès. À la Banque Postale, noyé dans la masse, le dossier est allé plus loin que les autres, mais n'a pas non plus abouti.

Nous avons donc finalement réussi à ouvrir des comptes, au bout de 3 agences, à la BRED, une autre banque dont le capital est détenu par ses clients.

Et maintenant… Qu'annonce ce billet ?

D'abord qu'il y a eu, malgré nos efforts, une coupure des collectes de dons via carte bancaire par FDN² (plus de son ni d'image côté WikiLeaks donc). Et bien plus longue que nous l'espérions.

Concernant les prélèvements automatiques, la perturbation fut renforcée par le passage aux prélèvements SEPA et se poursuit aujourd'hui.[4].

Pour les dons par virement, l'ancien RIB d'FDN² a été retiré du site web, et sera prochainement remplacé.

La prochaine campagne de financement de la Quadrature du Net arrive et avec notre interruption de service, ils sont en danger. N'hésitez pas à cette occasion à leur faire un don ponctuel par virement pour compenser l'absence de nos dons récurrents depuis 7 mois.

Nous annoncerons bien sûr ici même le retour à la normale des services et donc la reprise des prélèvements.

Enfin, après FDN² et maintenant que nous savons où aller, FDN va bien évidemment changer elle aussi de banque, tout comme Parinux le fait actuellement, à bon entendeur…

Le bureau d'FDN²

Notes

[1] Alors, oui, c'est la même personne qui gère les deux comptes dans la même agence.

[2] Le formulaire pénible qui vous demande un code en plus, envoyé par SMS ou pré-défini auprès de votre banque.

[3] Lors de la première attaque, le directeur de l'agence nous avait contacté, et nous avions cherché ensemble les bonnes solutions : réactivation de 3Dsecure, plafonnement des dons, etc. Il savait donc que nous pouvions être réactifs et accommodants.

[4] On tient un bon record par rapport à notre retard habituel.