Mea-culpa

À un moment, pour ceux qui l'ont relevé, je parle de mettre une claque, et c'est un poil de seconde trop tard, juste après l'avoir dit, que je me suis rendu compte que le propos pouvait prêter à confusion, ou plus exactement que les gens qui n'ont pas l'habitude de ma façon de parler (fleurie et crue) et qui ne me connaissent pas, allaient forcément se méprendre. Du coup, voilà, quand je cloue le bec d'un adversaire, dans un débat, je parle de lui avoir mis une claque. Quand je m'engueule avec quelqu'un, parce qu'il a déconné, avec parfois des arguments forts (mais verbaux), je parle aussi de mettre une claque. Même chose quand je passe une nuit à coder: j'ai mis une claque à mon code. C'est dans ce sens-là qu'il faut le comprendre.

Ça reste un métier, tout de même

J'ai été, pendant le débat, assez épaté par la maîtrise de Frédéric Lefèbvre et celle de Jacques Séguéla, dans leurs domaines respectifs. Je n'ai pas encore eu le temps de re-voir le débat, pour vérifier si cette première impression, ressentie sur le plateau, persiste.

Honneur aux anciens, Jacques Séguéla. De mon point de vue, il n'avait pas grand chose à apporter de légitime au débat. Il aurait pu, par exemple, mieux nous détailler ce qu'une marque peu perdre en communiquant mal sur le Net. Mais le risque était fort que ça n'attire pas la sympathie. Du coup, il a choisi l'angle du pathos. Il a choisi l'angle émotionnel, tendance rendez-vous compte, c'est affreux, la pauvre gamine. Et j'ai relevé deux éléments qui m'ont semblé importants sur le coup:

  • il arrive à monopoliser la parole, alors qu'il n'apporte rien de constructif au débat;
  • il choisi un angle qui n'est pas un argumentaire, qui ne saurait emporter la conviction raisonnable, mais qui emporte la compassion.

Et, là, force est de constater que c'est son boulot, convaincre, y compris (et surtout) quand on n'a pas d'argument raisonnable. C'est bien ça, ce qu'on utilise pour vendre de la lessive, ou pour vendre une marque en général.

Ensuite, Frédéric Lefèbvre. Comme tout le monde, je m'attendais à des déclarations tonitruantes, à l'emporte pièce. Pas du tout. Et pourtant, il a réussi à noyer dans la masse un certain nombre d'énormités: là, comme ça, me revient l'anonymat, il a fait tout un couplet sur l'affreux anonymat sur Internet, alors qu'on n'a jamais été moins anonyme que sur Internet. C'est comme si vous circuliez dans la rue en laissant en permanence une trace de qui vous êtes, floue, imprécise, imparfaite, mais persistante. Où que vous alliez sur Internet, vous laissez votre adresse IP, et on sait lever l'anonymat (avec un bonne marge d'erreur, certes) sur une adresse IP. Internet est donc très nettement moins anonyme que la vie courante. Et, pour chacune des idées biaisées qu'il a cherché à faire passer (tout le moins, pour celles que je considère comme fausses, avec des arguments techniques en face), à chaque fois un grand talent pour noyer le poisson.

Objectivement, c'est un métier. Moi, j'ai fait ingénieur, comme études, je ne suis pas forcément au bon niveau pour rattraper ça en direct, et dans ces conditions-là.

Ce que je n'ai pas pu dire

Sur l'approche esprit de l'escalier, ce que j'aurai voulu faire passer comme message, et que je n'ai pas réussi à placer:

1. Réguler, plus qu'en ce moment, moins qu'en ce moment, pourquoi pas. C'est, Lefèbvre avait raison là-dessus, de l'ordre du régalien (c'est bien au législatif de dire ce qui est légal). Par contre, il y a un point dont je suis certain, en tant que technicien du réseau: ce n'est pas sur le réseau lui-même qu'il faut réguler, mais en périphérie. Qui, chez les hébergeurs (mais le doit de la presse s'applique déjà pour l'expression publique, le droit de la consommation pour les commerçants, etc). Qui, sur le poste client (mais il y a déjà des outils, certains obligatoires, comme le filtre parental).

C'est ce point-là, qui s'appelle la neutralité du réseau. Pour résoudre un problème de légalité (droit à l'image, propriété, atteintes diverses, etc), ce n'est pas au réseau de corriger, mais aux extrémités: le poste client, l'émetteur du message à problème, le site web , le service en ligne, etc.

Ça, c'est mon principal regret: il me semble que c'était le message le plus important à faire passer. Mais aussi le plus compliqué, parce qu'il faut argumenter, si on veut qu'il soit accepté et véritablement compris. Du coup, dans ce contexte-là (en gros, 7-8 minutes par tête de pipe), c'était vraiment impossible à faire passer. Ça aurait pu sortir dans un débat plus technique, et avec moins de monde, là, c'était vraiment pas possible. Mais bon, un regret quand même.

Si régulation il doit y avoir, elle ne doit pas avoir lieu sur le réseau.

2. Il n'y a pas d'anonymat sur Internet, ou alors très peu. C'est facile d'obtenir l'anonymat dans la rue, il suffit de ne pas porter un étiquette avec son nom. C'est très dur de l'obtenir sur Internet. Il faut, pour ça, typiquement, aller dans un cyber café, ne pas présenter ses papiers, et payer en liquide, sans s'être connecté à aucun compte d'aucun site qui ait été créé par un autre moyen. Et bien entendu, changer de cyber café très souvent.

3. Il y a, sur ce sujet-là (Internet, régulation, etc), comme souvent en politique, un décalage très fort entre ce qu'on dit et ce qu'on fait. Certaines des déclarations de Lefèbvre ou de Séguéla sonnaient très juste (grande avancée pour la démocratie, par exemple, ou le fait qu'il n'y a pas moyen de réguler Internet, puisqu'il n'a pas de centre). Mais elles ne cadrent absolument pas avec les politiques prônées. On peut interpréter ça de deux façons: soit ils n'ont pas compris, et ils répètent ce qu'on leur a dit de dire pour ne pas se faire lyncher (peu probable, ils n'ont pas l'air si idiots que ça), soit ils le font exprès. Pour ce qui concerne les politiques, je préfère me fier à ce qu'ils écrivent, dans la loi par exemple, qu'à ce qu'ils disent.

Eu autant certaines prises de position étaient séduisantes, autant je n'ai rien vu sortir, dans les textes officiels, depuis des années, qui aille dans le bon sens.

4. Sur le droit à l'oubli, dans la mesure où je ne comprend pas ce que ça peut bien vouloir dire, je suis contre, a priori. Simplement: soit on parle de données publiées, et dans ce cas là, il me semble invraisemblable qu'on puisse vouloir imposer l'oubli (j'ai eu l'occasion de le dire dans le débat), soit on parle de données privées, et dans ce cas là, c'est simplement du respect de la vie privée. Les données que je ne rend pas publiques (les photos que je laisse en privé pour mes amis, par exemple), n'ont pas à être conservées si je demande à les effacer, et n'ont pas à être utilisées, et encore moins publiées, sans mon accord. C'est du simple bon sens. Mais ce n'est pas du droit à l'oubli.

5. La séquence, pendant le teaser, où je suis debout, alors que les autres invités sont assis, et qui semble fort spontanée (c'est le moment où on vient de m'équiper de mon micro) est en fait travaillée. On a retardé 3 fois l'installation de mon micro, changé 2 fois de place, pour que ça puisse se faire devant la caméra. Et il me semble qu'au final, quand le plan est sur moi, le micro est déjà en place, et j'ai juste l'air d'attendre qu'on me dise de venir à la table du débat. Quelques secondes trop tard... Comme quoi, ça reste du direct :)

Bisounours hémiplégique

Bon, voilà, après une longue tirade de Hoog, visant quand même à me faire passer pour un con, j'ai choisi de la synthétiser par je viens quand même de me faire traiter de Bisounours hémiplégique. Ça m'a permis de ne pas avoir à râler plus que ça, et je trouve que le surnom est intéressant à cultiver. Par contre, il risque de rester, celui-là...

Manman, je passe à la télé!

Quelques notes en vrac, sur les impressions que ça fait d'aller causer dans le poste.

D'abord, c'est cossu, France Télévision. Le bâtiment, est impressionnant, et ne dégage pas du tout la même impression que l'hôpital pas entretenu, par exemple. Et pourtant, dans les deux cas, on est dans le service public. On est bien reçu, loge pour les invités, avec à boire et de quoi grignoter (pas d'alcool, pour ce que j'en ai vu, contrairement à ce que beaucoup pensent). À noter, les gens ne sont pas imbus d'eux même, ou au moins, pas autant qu'on pourrait le craindre.

Ensuite, la plateau est assez impressionnant. D'abord, beaucoup de techniciens mobilisés. 4 ou 5 cadreurs, si ma mémoire est bonne, sans compter les gens qui ont préparé l'émission (journalistes, etc), les maquilleuses, etc. Quand, comme moi, on passe un peu pour l'anonyme de service (autour de Séguéla, par exemple, c'était beaucoup plus fébrile qu'autour de moi), on voit tout le monde bouger dans tous les sens, vous bousculer, ou, au mieux, vous ignorer. Ça donne une impression très curieuse, et au final, plutôt désagréable.

Enfin, à la fin de l'émission, j'aurais bien été bavarder avec les gens de l'équipe technique. En particulier, il y avait une caméra, sur des rails, qui faisait le tour de la table où nous étions assis, et dont la technique me semblait fascinante (je suis geek, je ne vais pas me refaire...), en particulier, elle avait des mouvements très fluides (se déplacer, monter, descendre, sans a-coup, et en continuant visiblement à cadrer la même chose. Je me suis demandé si la personne qui fait les manœuvres est douée, ou si c'est pré-programmé et que ça se fait tout seul. Moi, j'aurai bien été jouer avec le petit train où y'a une caméra dessus :) Mais voilà, c'était pas au programme de la visite.

Pour finir...

Si j'ai l'occasion de retourner essayer d'expliquer Internet dans ce genre d'émission, j'irai probablement, même si je garde un souvenir mitigé de la première. Pas que ça se soir mal passé, mais un fond de déception tout de même. Je m'y sens moins à ma place, et moins utile, que dans ce que je fais d'habitude, genre des conférences.